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Pleine Lumière
Relecture

Relire un livre photo : trier ses images autrement

Relire un livre photo ou une série de tirages change le tri des images. Notes de marge, deuxième lecture et choix du prochain livre : méthode simple.

Sur une table en bois près d'une fenêtre, un livre photo ouvert, un crayon posé dans la gouttière et un cahier de notes dont une page porte deux lignes manuscrites, lumière douce de fin d'après-midi, cadrage serré à hauteur de table.

Relire, ce n'est pas reprendre un livre photo là où on l'avait laissé. C'est le regarder une deuxième fois avec ce qu'on a appris entre-temps. Et cette deuxième lecture suffit souvent à changer l'ordre, le tri et la place de plusieurs images.

Pourquoi une deuxième lecture change le tri des images

Un premier passage sert à voir. Un deuxième sert à comparer. Entre les deux, votre œil a emmagasiné des dizaines d'autres images, dans des livres, des expositions, des écrans. Ce fond nouveau rend visibles des choses qui ne l'étaient pas : une lumière qui revient d'une page à l'autre, un cadrage qui se répète, un personnage qui disparaît au milieu du livre.

Le tri des images ne se joue donc pas seulement au moment où l'on photographie. Il se joue aussi à la relecture, quand on peut poser côte à côte deux tirages que rien ne rapprochait au départ. Une image faible seule peut devenir forte à côté d'une autre. Une image forte seule peut perdre son intérêt quand on comprend qu'elle répète la précédente.

Cette façon de travailler n'est pas propre à la photographie. Elle vient de la lecture tout court, et des habitudes qu'on prend avec les objets imprimés. Une revue portugaise consacrée à la lecture, aux bibliothèques et au patrimoine imprimé, Fólio Aberto, décrit ce travail de choix et de relecture comme une pratique de lecteur, pas de spécialiste : escolher próximo livro, prendre des notes qui resservent, relire un texte déjà lu. Ces trois gestes s'appliquent très bien à un livre photo.

Como escolher o próximo livro a ler ?

La question paraît anodine. Elle décide pourtant de ce que vous verrez dans les mois qui viennent.

Ne choisissez pas le prochain livre photo parce qu'il est célèbre. Choisissez-le pour ce qu'il vous manque. Si vos images sont trop sombres, prenez un livre clair. Si vos cadrages sont serrés, prenez un livre de paysages larges. Si vous ne savez pas raconter une histoire en dix images, prenez un livre qui en raconte une en dix images, et comptez les pages.

Une règle simple : un livre qui vous conforte ne vous apprend rien. Un livre qui vous résiste un peu vous apprend quelque chose. Il ne s'agit pas de se forcer, seulement d'accepter de ne pas tout aimer à la première page.

Deuxième règle : alternez. Un livre d'auteur connu, puis un livre trouvé en bibliothèque ou en brocante. Un livre de portraits, puis un livre sans visage. Cette alternance évite de confondre ce que vous aimez avec ce qu'on vous a dit d'aimer.

Troisième règle : notez pourquoi vous prenez ce livre. Une ligne suffit, sur la première page de votre cahier. Six mois plus tard, cette ligne vous dira si vous cherchiez vraiment ce que vous croyiez chercher.

Como tomar notas de leitura que voltem a ser úteis ?

Une note de lecture utile tient en une phrase, et elle est datée. C'est tout.

Ce qui ne resservira pas : le résumé du livre. Vous l'oublierez, et il ne vous dira rien sur vos propres images. Ce qui resservira : ce que vous avez vu, et à quelle page.

Quelques formes de notes qui tiennent dans la marge d'un cahier :

La dernière note est la plus précieuse. Une réaction qu'on ne s'explique pas est une piste. Relisez-la dans un mois : la raison apparaît souvent d'elle-même.

Numérotez les pages, même si le livre ne les numérote pas. Écrivez au crayon, jamais au stylo, sur un livre qui ne vous appartient pas. Si le livre est à vous, un petit trait au crayon dans la marge suffit : vous saurez le retrouver.

Tenez un seul cahier, pas dix. Un cahier par an, avec les dates dans la marge de gauche. C'est ce qui permet, deux ans plus tard, de voir que vous tournez autour du même sujet sans le savoir.

Comment relire une série de tirages sans se perdre

Un livre photo se relit dans l'ordre. Une série de tirages, non : on peut les étaler.

Étalez-les par terre, ou sur une grande table, dans l'ordre où vous les avez pris. Puis marchez le long. Ce que vous cherchez, ce ne sont pas les meilleures images, ce sont les liens entre elles. Trois questions suffisent :

  1. Quelles images se ressemblent trop pour rester toutes les deux ?
  2. Quelle image ne ressemble à aucune autre, et est-ce un problème ou une respiration ?
  3. Si je devais n'en garder que cinq, lesquelles racontent encore quelque chose ?

Refaites l'exercice une semaine plus tard, sans regarder vos réponses précédentes. Comparez ensuite les deux listes. Les images qui reviennent dans les deux sont solides. Celles qui disparaissent d'une liste à l'autre demandent encore du temps.

Ce tri par relecture n'est pas un tri définitif. C'est un tri provisoire, et c'est très bien ainsi. Une série qui ne bouge plus est une série qu'on a cessé de regarder.

Comment relire un livre et tirer plus de profit de la relecture

Relire un livre photo ne veut pas dire le feuilleter plus lentement. Cela veut dire le feuilleter avec une question précise en tête.

Une relecture, une question. Par exemple : « Où est la lumière dans ce livre ? » Vous ne regardez plus les sujets, vous regardez les ombres. Autre exemple : « Combien d'images sans personne ? » Vous découvrez une structure que vous n'aviez pas vue. Autre exemple encore : « Quelle est la première image, et pourquoi celle-là ? »

Trois relectures valent mieux qu'une lecture attentive. Elles prennent vingt minutes chacune et laissent des notes utilisables.

Un point de méthode : ne relisez pas tout de suite. Laissez passer au moins deux semaines. Le livre doit sortir de votre mémoire immédiate pour que vos yeux le voient à nouveau. C'est la même raison qui fait qu'on ne juge pas ses propres tirages le jour où on les imprime.

Et si le livre vous a déplu la première fois, relisez-le quand même. Les livres photo ratent souvent leur première rencontre pour une raison bête : on les a ouverts au mauvais moment, ou trop vite, ou en attendant autre chose.

Ce que la relecture apprend sur votre propre travail

À force de relire les autres, une chose devient claire : vos images ne sont pas seulement ce que vous photographiez, elles sont aussi ce que vous gardez.

Le tri final, celui qui décide d'une série, se fait rarement sur l'écran de l'appareil. Il se fait sur une table, avec des tirages, un crayon et un cahier. C'est plus lent, et c'est précisément pour cela que c'est utile.

Une dernière habitude, simple : à la fin de chaque relecture, écrivez une seule phrase qui commence par « la prochaine fois, je… ». Cette phrase est votre prochain livre, votre prochaine série, votre prochaine sortie. Elle vaut mieux qu'une liste de matériel.

Relire, c'est déjà photographier.

Après avoir relu un livre photo, il arrive qu'on mette de côté des images qui ne parlent plus de la même manière. Le même tri vaut pour les objets de famille : une médaille, une lettre, une pièce de monnaie. Avant de les ranger dans une boîte, vous pouvez les photographier pour garder une trace nette et pouvoir les regarder sans les manipuler. Pour cela, photographier des pièces anciennes demande une lumière douce et un fond simple, deux points qui s'apprennent facilement. Vos images rejoignent alors votre classement, à côté des tirages que vous venez de relire.

Article rédigé par la rédaction de Pleine Lumière. Les sources citées sont publiques et vérifiables.