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Pleine Lumière
Pas à pas

Ouverture, vitesse, ISO : le triangle expliqué sans mathématiques

Trois réglages commandent la totalité de vos images. Chacun laisse entrer plus ou moins de lumière, et chacun laisse une trace bien visible sur la photo. Comprendre ce qu'ils donnent et ce qu'ils coûtent prend une demi-heure ; cela vous servira pour le reste de votre vie de photographe.

Gros plan sur la bague de diaphragme d'un objectif photo, graduée de f/1.8 à f/16, éclairée par une lumière rasante
Sur les objectifs anciens, l'ouverture se lisait sur une bague. Le principe n'a pas changé, seul l'affichage a déménagé dans l'écran.

Un appareil photo ne fait qu'une chose : il recueille de la lumière pendant un court instant. Trop de lumière, l'image est blanche ; pas assez, elle est noire. Entre les deux, il existe des milliers de combinaisons correctes, et c'est justement ce qui déroute au début. Le mode automatique en choisit une pour vous, sans jamais vous dire pourquoi.

Or ces combinaisons ne se valent pas. La même scène, correctement exposée de deux façons différentes, donne deux photos qui ne racontent pas la même histoire : l'une avec un arrière-plan fondu, l'autre avec une cascade transformée en voile. Voilà pourquoi il vaut la peine de reprendre la main.

Une seule question, posée trois fois

Pour doser la lumière, le boîtier dispose de trois leviers, et de trois seulement :

L'unité commune s'appelle le diaphragme, parfois noté IL en français ou EV en anglais. Un diaphragme, c'est un rapport de deux : deux fois plus de lumière, ou deux fois moins. Et le mécanisme est réversible. Si vous fermez d'un cran l'ouverture, vous divisez la lumière par deux ; en ralentissant la vitesse d'un cran, vous la multipliez par deux et vous retombez sur vos pieds. C'est tout le principe du triangle : on échange, sans jamais rien perdre en route.

L'ouverture, ou la taille de la porte

L'ouverture s'écrit f/2,8, f/5,6, f/11. Ce chiffre est une division : la longueur focale divisée par le diamètre du trou. D'où le paradoxe qui perturbe tous les débutants : un petit chiffre correspond à une grande ouverture, et un grand chiffre à une petite. f/1,8 laisse entrer énormément de lumière, f/16 très peu.

Les valeurs entières se suivent dans cet ordre : f/1,4, f/2, f/2,8, f/4, f/5,6, f/8, f/11, f/16, f/22. À chaque cran, la lumière est divisée par deux. Les chiffres paraissent arbitraires, ils ne le sont pas : ils progressent selon la racine carrée de deux, parce que c'est la surface du trou qui compte, pas son diamètre.

Le second effet de l'ouverture est le plus visible : elle commande la profondeur de champ, c'est-à-dire l'épaisseur de la zone nette. À f/1,8, sur un portrait, les yeux sont nets et les oreilles déjà légèrement floues. À f/8, un paysage entier tient dans la netteté, du premier plan aux montagnes.

La limite qu'on oublie

Fermer davantage ne rend pas l'image plus nette indéfiniment. Au-delà de f/11 sur un capteur APS-C, et de f/16 sur un plein format, un phénomène optique appelé diffraction commence à ramollir les détails. Pour un paysage, f/8 est presque toujours le meilleur compromis.

La vitesse, ou la durée d'ouverture

La vitesse d'obturation se lit en fractions de seconde : 1/60, 1/125, 1/250, 1/500. Là encore, chaque cran double ou divise par deux la lumière reçue. Et là encore, il y a un effet secondaire, qui est souvent le vrai sujet de la photo.

Une vitesse rapide fige : 1/500 s arrête un enfant qui court, 1/1000 s un oiseau qui décolle. Une vitesse lente étire : à 1/30 s, une voiture qui passe devient une traînée ; à 1 s sur trépied, une cascade se transforme en voile de brume ; à 15 s, les phares d'une avenue dessinent des rubans rouges et blancs.

Reste le flou de bougé, qui n'a rien à voir avec le mouvement du sujet : c'est celui de vos mains. La règle empirique est simple. Ne descendez pas sous 1 divisé par la focale utilisée. Avec un 50 mm, restez au-dessus de 1/60 s. Avec un 200 mm, au-dessus de 1/200 s. Sur un capteur APS-C, multipliez la focale par 1,5 avant de faire le calcul. La stabilisation, quand elle est présente, offre en pratique trois à cinq crans de marge, mais elle ne fait rien contre un sujet qui bouge.

Les ISO, ou le volume que l'on pousse

La sensibilité ISO n'ajoute pas de lumière, elle amplifie ce qui a été capté. C'est exactement le geste de monter le volume sur une radio mal captée : le son devient audible, et le souffle avec lui. En photographie, ce souffle s'appelle le bruit : un grain coloré qui apparaît d'abord dans les zones sombres.

ISO 100 est la valeur de base de la plupart des boîtiers, celle qui donne la meilleure qualité. Chaque doublement, 200, 400, 800, 1600, ajoute un diaphragme de lumière et un peu de bruit. Sur un boîtier récent, ISO 3200 reste parfaitement utilisable pour un tirage ordinaire, et ISO 6400 dépanne très correctement en intérieur.

Une photo bruitée mais nette vaut toujours mieux qu'une photo propre et floue. Le bruit se corrige en partie ; le flou de bougé, jamais.

Le triangle en une image

Triangle de l'exposition : l'ouverture au sommet, la vitesse en bas à gauche, la sensibilité en bas à droite. Chaque sommet indique sa plage de réglage et l'effet qu'il produit sur l'image. OUVERTURE f/1,8 → f/16 commande le flou d'arrière-plan VITESSE 1/4000 → 30 s fige ou étire le mouvement SENSIBILITÉ ISO 100 → 6400 ajoute du grain dans les ombres
Les trois sommets reçoivent la même quantité de lumière. Ouvrir d'un cran autorise à accélérer d'un cran : l'exposition ne change pas, l'image, si.

Régler dans le bon ordre

Sur le terrain, personne ne règle les trois paramètres en même temps. On décide de celui qui porte l'intention, on laisse le boîtier gérer le deuxième, et on ne touche au troisième qu'en dernier recours.

  1. Demandez-vous ce que raconte l'image

    Un arrière-plan qui doit disparaître ? C'est l'ouverture qui commande, passez en mode A ou Av. Un mouvement à figer ou à étirer ? C'est la vitesse, passez en mode S ou Tv. Dans les deux cas, le boîtier calcule l'autre valeur tout seul.

  2. Fixez la sensibilité au plus bas raisonnable

    ISO 100 en plein jour, ISO 400 sous un ciel couvert, ISO 1600 à 3200 en intérieur. Beaucoup de boîtiers proposent un ISO automatique avec plafond : réglez ce plafond à 3200 ou 6400 et n'y pensez plus.

  3. Vérifiez la vitesse affichée

    C'est le contrôle qui sauve le plus de photos. Si le boîtier annonce 1/15 s alors que vous tenez un 85 mm à la main, l'image sera floue : ouvrez davantage ou montez les ISO.

  4. Corrigez au vu du résultat

    La molette de correction d'exposition, marquée plus et moins, décale l'ensemble sans changer de mode. Neige, sable, mur blanc : ajoutez un tiers à un diaphragme, sinon la scène ressortira grise. Scène très sombre : retirez-en autant.

Quatre réglages qui couvrent presque tout

Ces valeurs ne sont pas des dogmes, ce sont des points de départ dont on s'écarte ensuite.

Quatre situations courantes et le trio de réglages qui fonctionne dans la plupart des cas.
Situation Ouverture Vitesse ISO
Portrait, arrière-plan fondu f/1,8 à f/2,8 1/200 s minimum 100 à 400
Paysage en plein jour f/8 ce que le boîtier propose 100
Enfants, animaux, sport la plus grande possible 1/500 s à 1/1000 s 400 à 1600
Intérieur sans flash f/1,8 à f/4 1/60 s minimum 1600 à 6400

Une vieille recette mérite d'être connue, ne serait-ce que pour vérifier que votre cellule ne raconte pas n'importe quoi : par grand soleil, une exposition correcte s'obtient à f/16 avec une vitesse égale à l'inverse de la sensibilité. À ISO 100, cela donne 1/100 s. Les anciens appelaient cela la règle du f/16, et elle fonctionne toujours.

Reste que l'exposition n'est que la moitié du travail. Une image parfaitement exposée mais bancale ne se rattrape pas : si vos photos vous semblent correctes sans être intéressantes, le problème est probablement du côté du cadrage. Et si vous photographiez en RAW, sachez qu'un tiers de diaphragme d'erreur se corrige sans dommage avec un logiciel gratuit : raison de plus pour privilégier la vitesse et la sensibilité à la perfection du premier coup.

Questions fréquentes

Faut-il photographier en mode manuel ?

Non, et beaucoup de professionnels n'y passent que dans deux cas : en studio avec un éclairage constant, et en pose longue. Le mode priorité ouverture, noté A ou Av, couvre l'immense majorité des situations et laisse le contrôle sur ce qui compte le plus. Le manuel devient utile quand la lumière ne change pas mais que le cadre change beaucoup, par exemple lorsque vous photographiez alternativement un ciel clair et un mur sombre.

Jusqu'à combien peut-on monter les ISO ?

Cela dépend du boîtier et de la taille du capteur, mais la règle pratique est ailleurs : montez autant qu'il le faut pour obtenir une vitesse sûre. Sur un hybride ou un reflex récent, ISO 6400 donne des fichiers tout à fait exploitables, surtout si l'image est correctement exposée à la prise de vue. Le bruit se voit surtout dans les zones sombres remontées après coup.

Pourquoi mes photos sont-elles floues alors que la mise au point est bonne ?

Neuf fois sur dix, la vitesse est trop lente. Regardez la valeur affichée au moment du déclenchement : si elle est inférieure à 1 divisé par votre focale, le flou vient de vos mains. Les autres causes fréquentes sont la stabilisation restée active sur un trépied, et le déclenchement pendant que l'on baisse l'appareil.

Qu'est-ce qu'un diaphragme, un IL, un EV ?

Trois mots pour la même chose : une unité qui vaut un facteur deux en lumière. Passer de 1/125 s à 1/250 s, c'est retirer un diaphragme. Passer d'ISO 400 à ISO 800, c'est en ajouter un. Cette monnaie commune permet d'échanger les réglages entre eux sans jamais faire de calcul compliqué.

Le triangle s'applique-t-il à un téléphone ?

Oui, même si vous ne voyez souvent qu'un seul curseur. L'ouverture d'un téléphone est fixe, ce qui laisse deux leviers : la vitesse et la sensibilité. Les modes professionnels de certaines applications les affichent, et le mode nuit ne fait rien d'autre qu'enchaîner plusieurs poses lentes pour les assembler ensuite.

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Article rédigé par la rédaction de Pleine Lumière. Les valeurs indiquées sont des points de départ vérifiés sur nos propres boîtiers ; elles varient selon le matériel et la scène.